Pour un étiquetage social et environnemental des produits de consommation

Le Grenelle de l’environnement s’est prononcé en faveur de cette proposition, à travers deux de ses engagements.
Un groupe de travail a été créé sous l’égide de l’Afnor. Une réflexion et de premières expérimentations (étiquetage carbone) sont en cours dans la grande distribution en France (et en Angleterre). C’est surtout le chantier étiquette carbone qui a avancé : ainsi à partir de 2011, le consommateur devra être informé, par voie de marquage, d’étiquetage, d’affichage ou par tout autre procédé approprié, du contenu en équivalent carbone des produits et de leur emballage.

Il s’agit d’un premier pas utile mais il faut aller plus loin. Nous pensons ainsi qu’il est nécessaire de réaffirmer avec force une vision politique claire et ambitieuse sur le sujet, autour de 3 axes :

  1. Il y a besoin d’un étiquetage environnemental ET social, pas strictement environnemental (et pas limité à la mesure du bilan carbone) ou social à la marge.
    Ce découplage entre le social et l’écologie, entre l’Homme et la Planète, est contraire à la vision originelle du développement durable, celle que porte l’ESS, qui plaide justement pour une interdépendance des deux dimensions et pour un réencastrement de l’économie dans la société. Or, si le volet environnemental du groupe Afnor avance, le volet social lui stagne et ne débouche pas encore sur des résultats et orientations concrètes.
  2. Il y a besoin d’un cadre réglementaire public, normatif et régulateur.
    Dans une vision « idéale » à terme, le citoyen devient totalement acteur de son acte d’achat, grâce à une lisibilité complète du produit (décomposition des prix, répartition de la valeur ajoutée, empreinte carbone…), aujourd’hui très limitée.
    Les labels sont une première étape, un premier éclairage pour sortir de l’obscurité informationnelle des produits. Ils conviennent bien à la réalité de beaucoup de consommateurs d’aujourd’hui qui ont besoin
    d’identifier vite et bien les produits qu’ils souhaiter acheter. Néanmoins, les labels et « certifications » de consommation responsable foisonnent, et leur multiplication est source de confusion et de méfiance pour le consommateur (et même pour les entreprises).
    Ce foisonnement s’explique par de bonnes raisons : les différents labels rendent compte et évaluent des caractéristiques différentes (certains seulement la matière première, d’autres l’ensemble du produit, certains le volet social, d’autres le volet écologique, etc.). Mais il s’explique aussi pour de mauvaises raisons : certains labels sont de simples outils marketing, utilisés pour exploiter la mode du développement durable. Leur qualité est inégale. Il n’y a par exemple (encore) aucune restriction à l’utilisation du terme « commerce équitable »… Alors comment trier le bon grain de l’ivraie ?
    Une régulation publique, co-construite avec les différentes parties prenantes, est donc nécessaire, pour sortir de la confusion et établir des règles du jeu claires, équitables et exigeantes, d’autant plus que les labels concernent surtout des produits relativement simples ou clairement structurés (Max Haavelar par exemple ne porte que sur les matières premières).
    Cette régulation pourrait aboutir à un système simple et lisible pour le consommateur, qui ne tire pas vers le bas (socle minimal d’exigences sociales et environnementales), mais qui tire vers le haut et réponde véritablement à la forte attente de lisibilité et de garanties des consommateurs. Une approche simple pourrait consister à avoir 3 ou 5 niveaux de qualité (A, B, C, D, E), comme il en existe pour les émissions CO2 des automobiles ou de l’électroménager.
    Des ONG comme WWF ou Greenpeace élaborent déjà des classements de ce type dans le champ de l’hightech et de l’électroménager, et leurs évaluations ont un impact sur les producteurs.
  3. Viser à terme, l’ensemble des produits de consommation. Pour prévenir et informer sérieusement le citoyen des conséquences de son acte d’achat, la traçabilité doit concerner l’ensemble des produits, ceux qui respectent le développement durable (et sont souvent labellisés) comme ceux qui ne le font pas.
    Ces trois principes étant actés (étiquetage social et environnemental, régulation publique, périmètre étendu à terme à tous les produits de consommation), la mise en oeuvre d’une telle proposition est forcément progressive, sur la durée et doit résulter d’un débat pluraliste avec l’ensemble des parties prenantes. Qui plus est, le cadre informationnel ne peut être strictement français et doit aussi s’appuyer sur des référentiels internationaux. Il pourrait être envisagé de commencer avec un jeu limité de quelques indicateurs sociaux et environnementaux, qui s’élargirait par la suite, en fonction de spécificités sectorielles, territoriales, etc.

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